Papier extrêmement fin, recouvert de divers croquis faits à l'encre de chine, colorés par endroits de deux couleurs, gris et ocre. Ce dessin sur feuille volante est un 'surimono', feuille d'esquisse qu'utilisaient les peintres japonais au 19ème.
Au premier plan, on distingue un personnage masculin assis en tailleur, habillé d'un kimono aux larges plis; son visage semble couvert d'un masque; à sa droite se dresse une statue de bouddha sur piédestal, assise dans un lotus, dont la tête est tournée vers le fleuve qui coule derrière; à la gauche de personnage, une stèle avec des inscriptions calligraphiées.
La zone centrale est occupée par le dessin très fouillé d'un 'chien de Fo', animal mi-chien, mi-lion qui gardait l'entrée des temples. Au dessus se trouve un couple assis sur un tatami, vêtu de riches costumes traditionnels; au-dessus d'eux, une statue de renard à la queue touffue, et dans le coin droit, un sumo en kimono.
A gauche du 'chien de Fo' sont représentés une longue cascade et une autre statue d'un personnage debout entouré de flammes.
Hokusai Katsushika (1760-1849) est un peintre, dessinateur spécialiste de l’ ukiyo-e (estampe japonaise). Il signa parfois ses travaux, à partir de 1800, par la formule Gakyojin, ‘le Fou de dessin’. Il a produit un grand nombre d'albums et de 'surimono'. En 1814, il publie les recueils de ses innombrables carnets de croquis et d’études, qu’il appelle Hokusai Manga (c’est lui qui fit connaître ce mot à l’Occident). 1831 voit la parution d’une de ses œuvres majeures, la série d’estampes ‘Trente-Six Vues du mont Fuji’ (Fugaku Sanjurokkei ) qui lui vaut une reconnaissance mondiale. Dans les années suivantes,il produit les séries des Cascades, des Ponts, des Oiseaux et des Fantômes; puis la fameuse série les Cent Vues du Mont Fuji (Fugaku Hyakkei). On raconte que, chaque matin, il s’efforçait de produire au moins un dessin, rituel auquel il s’adonna jusqu’à sa mort.
Il laisse derrière lui une œuvre qui comprend 30 000 dessins.
Les Estampes japonaises
Le mot ‘estampe’ vient de l’italien stampa, imprimer. Le nom japonais Ukiyo-e est un terme signifiant ‘images du monde flottant’, en référence à la notion bouddhiste de l’impermanence du monde visible.
Les peintres produisent des dessins sous forme d’épreuves sur une feuille volante (surimono). Les premiers ukiyo-e du 17ème siècle étaient imprimés en noir et blanc, à l’encre de Chine (sumizuri-e). Une planche de bois reproduisant l’image en relief était utilisée pour l’impression. Puis la couleur fut introduite, en ajoutant au pinceau des couleurs directement sur l'estampe. À cette époque, l’ukiyo-e relevait plus de l'artisanat que de l'art, utilisé surtout par les théatres et les acteurs de kabuki et de nô pour leur publicité, et par quelques particuliers pour illustrer des
A la moitié du XVIIIe siècle, avec les techniques permettant l' impression de plusieurs couleurs (nishiki-e), les estampes ont pris un grand essor. D'abord considéré comme vulgaire par sa représentation de scènes du quotidien, ce genre connut un grand succès auprès des occidentaux après l’ouverture forcée du Japon sur le monde en 1868. Ce n’est donc qu’au début du 20ème siècle que l’ukiyo-e fut considéré comme un art à part entière.
Utamaro, Hokusai, Hiroshige, et Sharaku sont les artistes dominants de l’ukiyo-e, au début du 19è siècle.
La production d’estampes est un travail de quatre personnes : l’artiste, le graveur, l’imprimeur et l’éditeur.
L’artiste réalise un dessin maître, 'hanshita-e' (image brute), à l’encre sur un papier fin et transparent, fait spécialement à la main - washi.
Le graveur colle ce dessin contre un bloc de bois, et évide les zones entre les lignes, détruisant l’œuvre originale dans le processus. Il doit faire preuve d’une grande habileté, car il doit recréer des lignes d’une extrême finesse (nez, visages, cheveux) et n’a aucun moyen technique de rattraper une erreur.
L’imprimeur encre ensuite ce bloc et imprime une série d’épreuves sur papier, les kyogo, soumises à l’artiste qui indique son choix de couleurs.
Les kyogo sont transmises au graveur qui produit alors un « bois »par couleur.
L’imprimeur presse l’estampe sur chacun des bois enduits de couleur, et frotte avec un tampon de bambou (barden) pour faire pénétrer la couleur. Le premier bois est réutilisé en dernier pour imprimer les lignes noires du dessin, travail méticuleux pour faire se correspondre les différentes zones de couleur et les lignes.
L’éditeur était le responsable financier et commercial de la production de l’estampe. C’est lui qui passait commande à l’artiste et payait l’imprimeur et le graveur. Il pouvait s’agir de productions limitées pour des commandes particulières ou quasi industrielles pour un marché plus important.
L’estampe était le plus souvent attribuée à l’artiste, parfois au graveur et rarement à l’imprimeur. Depuis 1887, une loi japonaise exige que toutes les images imprimées mentionnent les dates d’impression et de publication. Depuis lors, l’éditeur est mentionné, souvent par un sceau, sur un bord de l’image.