Je considère que le progrès, ce qu'on appelle le développement, c'est 'faire le plein' de sa capacité en tant qu'être humain pour être un émetteur et un récepteur de valeurs.
(Joseph Ki-Zerbo)
Masque rare avec un cimier formé de deux personnages : un singe au grand sourire, surmonté d’un homme barbu qui se tient la tête entre ses deux mains.
La composition du masque présente un équilibre parfait entre l’ensemble formé par la coiffure et les deux personnages d’une part, et le visage en lui-même d’autre part. Le cimier s’inscrit dans un triangle debout dont la pointe est le crâne du bipède, et dont les côtés suivraient une ligne aboutissant aux deux tresses en angle ouvert.
Sous la coiffure aux stries fines figurant des tresses, soulignée d’une bande colorée en blanc par le kaolin, le visage offre un tracé ovale, au front bombé orné de trois séries de scarifications, aux yeux gonflés en forme de grains de café, également peints en blanc. Les deux arcs des sourcils se rejoignent pour former un nez long et mince aux narines bien dessinées, qui surmonte une toute petite bouche. Le menton se finit par une petite touffe de barbe, symbole de la sagesse des anciens.
Les joues, les côtés de la bouche, le front, le milieu des sourcils et les tempes montrent le même style de scarification, caractéristique du peuple baoulé.
Ce type de masque était utilisé par le peuple baoulé lors de cérémonies de bienvenue de dignitaires étrangers, et n’est investi d’aucune fonction sacrée. Peut-être est-là une des raisons pour lesquelles cet art fut et reste très apprécié par les européens ?
Le peuple baoulé occupe un vaste territoire situé dans la partie orientale de la Côte d’Ivoire (voir la carte) et constitue une des ethnies majeures du pays, qui se caractérise par une importante production artistique, dont l’influence se retrouve dans les sculptures de ses voisins immédiats, les Gouro et les Yauré (ou Yaouré).
Les Baoulé tirent leur nom d’une légende : ce peuple, mené en exode vers le pays des mines d’or par leur reine Aba Pokou, fut arrêté par une rivière ; la reine dut offrir son fils en sacrifice au dieu de la rivière pour permettre à son peuple de traverser sain et sauf. Son peuple prit alors le nom de 'bauli', qui signifie ‘le fils est mort’.