La nature vit de nous et nous vivons de la nature. Je mange la nature pour vivre et la nature me mange pour vivre. Ni la nature, ni moi, ne meurent. Nous changeons seulement de position.
(Tradition africaine)
Masque de forme oblongue, dont les traits sont définis par une géométrie prononcée : la bouche est carrée, au-dessous d’un nez aplati et rectangulaire, qui prolonge en ligne continue les deux arcs de cercle des sourcils.
La ligne des deux arcs se répète sur la hauteur du front, en une alternance de deux couleurs, ocre et marron, soulignées de blanc; le sommet du crâne est séparé par une ligne perpendiculaire, qui, hérissée en crête, symbolise l’agressivité guerrière et la puissance masculine, et simplement dessinée à plat, désigne la nature féminine du masque : nous avons donc ici un masque féminin.
Les paupières occupent tout l’intérieur du demi-cercle des arcades sourcilières. Le bas du visage est sculpté de scarifications linéaires soulignées de blanc, qui partent du coin intérieur de l’œil , de part et d’autre d’une ligne médiane séparant le visage en deux parties, qui suit le tracé de la crête, puis celui du nez, et qui devient visible sur le menton.
La composition de ce masque obéit à une rigoureuse règle géométrique ; il se divise en trois parties, presqu’égales : un tiers du sommet du crâne jusqu’aux yeux, un tiers du bas des yeux à la naissance de la bouche, et un tiers de la bouche jusqu’au bout du menton. Aux lignes arrondies du premier tiers, répondent rectangle, carré et lignes droites des deux tiers restants.
De profil, les deux tiers supérieurs sont convexes, alors que le tiers inférieur devient concave, créant ainsi une ondulation qui anime le masque.
Ce type de masque, qu’il soit féminin ou masculin, montre les caractéristiques d’un masque 'kifwébé', du nom de la société secrète, 'bwadi bwa kifwébé', qui l’utilise lors des rites cérémoniels qui marquent les grands évènements : initiations, mariages, funérailles, récoltes….
Le peuple songyé est installé dans la partie sud-est de la République Démocratique du Congo, ex Zaïre, au-dessus du lac Kisalé (voir la carte).
L’ethnie songyé s’organise en sous-groupes nombreux, gouvernés par un chef central, le 'yakitengé', qui s’appuie sur des chefs locaux, les 'sultani ya muti', pour asseoir un pouvoir monarchique, quasiment d’essence divine : le 'yakitengé' n’a aucun contact physique avec les villageois, ne doit montrer aucune émotion visible, ni aucune faiblesse humaine. Ce pouvoir est contrebalancé par celui de la société secrète, qui joue le rôle de régulateur social, comme c’est le cas chez de nombreux peuples africains.