2 tableaux séparés représentant un couple habillé de noir: les deux personnages sont peints de face, assis sur le même large fauteuil noir à dossier brodé, les pieds reposant sur une tablette noire. Ils posent tous deux dans une attitude hiératique, portant des vêtements d'apparat noirs et bleus. Les traits de leur visage sont finement dessinés, les détails transcrits avec une extrême minutie: rides, cheveux ou barbe, bijoux. Tous deux ont une expression débonnaire et souriante.
La transcription des visages contraste avec celle des corps, figée dans un graphisme rigide et et convenu, qui s'éloigne de tout réalisme: plis géométriques du bas de la robe de la femme, pliure du corps au niveau du buste et des genoux; importance donnée à la représentation des costumes, appuyée par l'usage de couleurs fortes et tranchées, par rapport à celles des visages.
On remarque qu'aucun des membres inférieurs de la femme n'est visible, ni mains, ni pieds, contrairement à ceux de l'homme: la représentation en était interdite. Elle a probablement les pieds bandés, pratique qui a disparu avec la révolution.
Tous deux portent des accessoires qui énoncent clairement leur statut social élevé: calot de fonctionnaire en satin noir (jiguan) orné d'une boule en cristal (dingtai) désignant le rang de mandarin de 5ème classe et éventail en ivoire pour lui, diadème d'or fin et de perles appelé 'coiffe de phénix' (fengguan), boucles d'oreiles en or et jade, riches broderies de fil d'or sur les manches pour elle. Le moindre mouvement de tête faisait osciller et tinter les bijoux (technique du buyao.
Le portrait d'ancêtres est une tradition en Chine, datant de la dynastie Ming (1368-1644), qui s'est perpétuée jusqu'au début de la photographie.
Les praticants bouddhistes arrangent souvent dans leur foyer un endroit consacré à la vénération des ancêtres, où sont exposés les portraits et reperésentations des aïeuls, notamment aux périodes de fête, auxquels ils présentent régulièrement des offrandes diverses (souvent de la nourriture) et brûlent de l'encens.
Les portraits peuvent être individuels, en couple, ou en clan, représentant plusieurs générations sur le même plan.
Ce type de représentation respecte des conventions très établies: décor réduit, code vestimentaire exprimant le statut social, position frontale, pose 'iconique'.
Les portraits étaient normalement commandés après la mort du personnage représenté: les peintres proposaient à la famille des catalogues de portraits stéréotypés pour qu'elle choisisse le plus ressemblant, et en modifiaient le dessin selon les descriptions données ensuite. Ils avaient aussi des catalogues de costumes divers correspondant à telle ou telle classe sociale. Souvent, ils préparaient à l'avance des peintures où il ne manquait que la tête, qu'ils rajoutaient ensuite.
Excepté les traits du visage, qui retracaient avec plus ou moins de bonheur ceux du défunt, le portrait d'ancêtres était plus une icône, objet de vénération, qu'une représentation fidèle de la réalité.